Dans les Tannounyan, le Nexus humanitaire-développement-paix transforme la résilience en actions concrètes
Visite terrain de la mission conjointe Gouvernement–Nations Unies pour constater les résultats du projet Nexus HDP
Du 3 au 6 août 2026, une mission conjointe Gouvernement–Nations Unies a parcouru les provinces de la Comoé et de la Léraba dans la région des Tannouyan pour constater de visu les résultats du projet Nexus HDP financé par le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF). Sur le terrain, infrastructures au service de la consolidation de la paix, autonomisation économique et mécanismes communautaires montrent comment humanitaire, développement et paix peuvent se renforcer mutuellement.
Après 18 mois de mise en œuvre, les résultats commencent à se traduire concrètement dans la vie des communautés. Sous la conduite du gouvernement du Burkina Faso, représenté par la Direction Générale du Développement Territorial, la Direction Général de l’Economie et de la planification, le Gouvernorat de la région des Tannouyan et appuyé par le Secrétariat du PBF et les agences récipiendaires, la mission a évalué les différents investissements dans la région et a pu échanger avec des bénéficiaires.
Cette mission s’inscrivait par ailleurs dans le cadre du projet « Renforcement de la résilience des communautés déplacées et hôtes ainsi que des capacités des autorités locales, par l’opérationnalisation conjointe du Nexus Humanitaire-Développement-Paix (HDP) », mis en œuvre conjointement par le HCR, la FAO et l’OIM, grâce au financement du PBF et en étroite collaboration avec les autorités nationales, régionales et locales. L’objectif : aller au-delà du suivi des activités pour observer directement les réalisations, recueillir les appréciations des bénéficiaires et documenter les changements produits au sein des communautés.
À Dionouna, produire du riz tout en renforçant les liens
À Dionouna, la mission a visité un bas-fond rizicole d’une superficie totale de 35 hectares, dont 25 hectares sont labourés et exploités. La mise en valeur est soutenue par le projet à travers le labour, la fourniture de 5 tonnes d’engrais et 1,5 tonne de semences de riz, ainsi que l’encadrement technique des producteurs.
Selon les estimations présentées, plus de 100 tonnes de riz devraient être produites, permettant de couvrir les besoins annuels de consommation de plus de 1 100 personnes, soit 158 ménages, et de générer un chiffre d’affaires supérieur à 33,75 millions de FCFA. Mais l’impact attendu dépasse la production agricole : le bas-fond constitue également un espace de coopération et d’échange entre différentes composantes de la communauté, contribuant ainsi à la cohésion sociale.
À Koutoura, prévenir les conflits au cœur des communautés
À Koutoura, la mission a rencontré les membres de l’Observatoire Villageois de Prévention et de Gestion des Conflits Communautaires (OVIPREGECC). Formés notamment aux techniques de médiation, aux droits humains, au dialogue social ainsi qu’à la prévention et à la gestion des conflits, ses membres jouent désormais un rôle de veille et de médiation au niveau communautaire. Selon le Président de la Délégation Spéciale de Niangoloko, leurs interventions ont déjà contribué à la résolution pacifique de quatre conflits fonciers et d’un conflit lié à l’accès à l’eau. Les femmes gèrent majoritairement les conflits liés à l'eau, tandis que les hommes interviennent sur les litiges fonciers. Ce qui démontre que ce mécanisme communautaire est aujourd’hui fonctionnel et reconnu par les autorités locales.
Des activités économiques pour renforcer l’autonomie(4photos)
À Banfora, les échanges avec les bénéficiaires d’activités génératrices de revenus et de métiers innovants ont permis de mesurer une autre dimension du projet : renforcer l’autonomie économique pour réduire la vulnérabilité. Avant de recevoir un appui financier de 400 000 FCFA chacun, les bénéficiaires ont suivi des formations en marketing, gestion d’entreprise, gestion simplifiée et entrepreneuriat. De l’embouche ovine, l’aviculture, l’apiculture en passant par la couture, le petit commerce ou encore maçonnerie ; ces activités développées permettent progressivement aux bénéficiaires d’améliorer leurs revenus et de mieux répondre aux besoins de leurs ménages. Certains réinvestissent déjà une partie de leurs bénéfices dans leurs activités (ex. cheptel ovin d'un bénéficiaire passé de 4 à plus de 10 têtes ; cheptel avicole passé de 100 à près de 300 volailles).
Quand l’épargne devient un outil de résilience et de solidarité
Dans la province de la Léraba, la mission a également rencontré les membres de deux Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) de Konadougou, regroupant des personnes issues des communautés hôtes et déplacées. Au terme de leur premier cycle de 26 semaines, les groupes avaient constitué notamment 563 900 FCFA de fonds d’épargne et de crédit. Les sommes redistribuées ont permis à plusieurs participantes d’investir dans des intrants agricoles, de renforcer leurs petits commerces ou de développer d’autres activités génératrices de revenus. Au-delà de l’accès au financement, les membres ont souligné que les rencontres régulières renforcent l’entraide, les liens de solidarité et les initiatives communes.
Des femmes actrices de paix et de changement
La dimension sociale du projet occupe également une place importante. La mission a échangé avec un groupe représentatif de 529 membres des communautés, dont 271 femmes, issus des huit communes ciblées et ayant participé à des activités d’information, de communication et d’éducation sur la cohésion sociale et la consolidation de la paix. Les participants ont fait état d’une amélioration du vivre-ensemble et de la confiance entre communautés et administration locale, d’un recours accru aux mécanismes pacifiques de résolution des conflits et d’une participation citoyenne à la police de proximité. Ils se sont engagés à poursuivre leur rôle d’ambassadeurs de la paix dans leurs communautés.
Gouvernement et Nations Unies : suivre ensemble pour mieux agir
Cette mission illustre aussi l’importance de la collaboration entre le Gouvernement et les Nations Unies dans le suivi des interventions. Les représentants des structures nationales, des autorités régionales et provinciales, du PBF, du HCR, de la FAO et de l’OIM ont pu confronter les résultats attendus aux réalités observées directement auprès des populations. Cette mission a permis de relever des avancées notables en matière de cohésion sociale, de moyens de subsistance, de prévention des conflits et d’autonomisation économique, mais également d’identifier les défis à traiter. Parmi ceux-ci figurent notamment le suivi post-accompagnement des bénéficiaires des AGR, la pérennisation et la gouvernance des infrastructures, le renforcement du suivi-évaluation ainsi que la visibilité des interventions et des partenaires.
De Dionouna à Konadougou, les constats de cette mission montrent ainsi la logique du Nexus HDP en action : répondre aux vulnérabilités, renforcer les moyens d’existence et les capacités locales, tout en créant les conditions d’une coexistence pacifique et d’une résilience durable entre communautés déplacées et hôtes.